Il était une fois un garçon haut comme trois pouces que ses parents abandonnèrent un jour avec ses frères et sœurs dans une vaste forêt. A la suite d’une sombre histoire de fraude aux allocations familiales. D’après les journaux de l’époque. Affreux, hein ? Ce n’est pas aujourd’hui que ça arriverait ! Heureusement, le rusé petit bonhomme, prévoyant l’arnaque, avait fait provision de cailloux qu’il planqua dans ses souliers, avant de partir en promenade. Sauf qu’un peu benêt quand même, il oublia de les semer au fil du chemin. Et donc ne retrouva jamais celui du logis parental. Mais erra avec sa fratrie cinq ans, quatre mois, trois semaines, deux jours et une heure dans la funeste sylve. Quel sot !
Incroyable mais vrai, lorsqu’on les retrouva, ses sœurs, ses frères et lui, il portait toujours ses cailloux et ses souliers. Les uns dans les autres. Au bout de toutes ces années. Faut-il être bête. Si bien qu’il fallut l’amputer. Quelle affaire ! De quoi exploser l’audimat ! Imaginez, du bien saignant, de l’authentique, du spécial expert en divagations médico-psychiatriques ! Rien qu’en droits d’auteur, la fortune assurée pour cette famille bien sympathique. Pour les parents, en tous les cas, les enfants ne sachant ni lire ni écrire.
Hélas, rien de tout cela n’arriva car les médias refusèrent très rapidement d’inviter le petit bonhomme dans les émissions de grande écoute. Trop peu télégénique. Filmer un nain au milieu d’un quarteron d’accortes mannequins d’un mètre quatre-vingt payées pour figurer un public ébaudit, c’est déjà difficile, alors un nain cul-de-jatte, ça devient carrément impossible.
Très logiquement, les équipementiers sportifs renoncèrent à sponsoriser le vaillant marcheur pour vanter le confort et la longévité de leurs chaussures. De même d’ailleurs que les fabricants de roulettes et de fers à repasser. Le petit bonhomme « haut-comme-même-pas-trois-pouces-depuis-son-amputation » s’en retourna finalement dans sa forêt.
On est sans nouvelle depuis.
Une bien triste histoire, quand on y pense.
