(Du néolithique à aujourd’hui, les Chroniques Dieulefitoises sont un feuilleton franco-provençal écrit au gré de ma fantaisie. Voici le berceau familial, dont les premières traces remontent à 1654)
Mais médecin quand même, va donc pour Adrien. De campagne. Le prestige sans l’argent plus la peine : en hiver, il gèle à pierre fendre et la neige recouvre longtemps les montagnes alentours. Les visites se font en carriole tirée par un âne. Qu’il pleuve ou qu’il vente, de nuit comme de jour. Sur de mauvais chemins, pour trois sous et un poulet.
Puis la guerre, celle de 1914, arrive : Adrien part la faire. Comme médecin major, croix de guerre. Il en revient gazé et bientôt mort. Jeanne continue d’élever ses trois enfants. Chichement. La guerre ne rapporte pas grand-chose, pas aux veuves en tous les cas.
L’autre de guerre, la seconde, la voit secrétaire de mairie. Ni l’une ni l’autre ne sont libérées car les allemands n’ont jamais occupé le village. Mais elle manque être tondue. Pas la mairie, Jeanne, la secrétaire. Le jour de la libération, par les résistants…
Alors qu’ils s’apprêtent à l’embarquer, Monsieur Brun surgit. Réfugié depuis deux ans avec femme et enfants dans les souterrains du Vieux Moulin. Monsieur Brun est juif. Les résistants du dernier jour déguerpissent. Plus tard, comme de juste, ils passent à la télévision.
Tandis que la maison perdure, discrètement nichée en contrebas du village. C’est une bâtisse de pierres crépies de blanc et tuilée de rouge. Quelques marches ombragées de glycine mène à la porte d’entrée.
Au bas de la maison somnole une rivière, parfois hargneuse au point de mortifier les murs. Mais c’et rare : la plupart du temps, elle est juste là pour faire joli.
